vendredi 30 septembre 2016

Bullet Ballet réalisé par Shinya Tsukamoto (1998)




Pour ceux qui sont allés au Japon*, la ville japonaise est foisonnante de lumières et couleurs la nuit. La démarche de réaliser un film en noir et blanc en 1998 peut apparaître moins évidente pour un simple spectateur tel que moi**, et évoque un peu le travail monochrome du photographe Daido Moriyama, (lequel travaille sur le désir yokubo,... voir cette vidéo sur le photographe). Pour revenir au film, les obsessions et désirs qui traversent Tokyo sont ainsi mis en lumière de façon intense.




La caméra sautille, certains gros plans fixés sur les visages deviennent plus intimistes. Cette impression se renforce avec le vignettage de certaines scènes.

Étiqueté comme un réalisateur punk, Shinya Tsukamoto, l'auteur de Testsuo,  se fait l'observateur de trajectoires erratiques de tokyoïtes un peu à la dérive, en filmant un club punk, un squat, une bagarre entre deux groupes rivaux, des passages dans des tunnels ou vues d'appartements standardisés, des toits informes... 



Goda (Shinya Tsukamoto, le réalisateur dans le premier rôle) un salarié moyen à la dérive après le suicide de sa femme avec un pistolet - dont nul ne s'explique la provenance -, se retrouve à sauver Chisato (Kirina Mano)  du suicide. Mais celle ci le pousse dans un guet à pend  et il est agressé et volé par ce gang. Sa seule obsession est alors de se procurer un flingue pour se venger. De là à éventuellement tenter d'en fabriquer un (grâce aux informations sur le net puis à en faire usiner un parties par parties).




L'arme devient un médium de toutes ses pulsions de morts :  entre le désir de comprendre le décès de sa femme, celui de sa tristesse, celui de sa vengeance... voir le le désir envers Chisato. Goda découvre ainsi un Tokyo des bas fonds qu'il ne connaît pas et cette jeunesse perdue de Tokyo, ville dans laquelle l'absence de réelle communication rend le jeu social vide de sens. 

Dans cette ville, Idei, le chef de gang (joué par Tatsuya Nakamura, acteur et musicien), prend alors la forme d'un mentor pour enseigner "certaines leçons" :

" Dans tes rêves tu peux tuer quelqu'un et ne jamais te faire prendre.
Tokyo est juste un rêve. Un immense rêve. "

Rêves peut-être illustrés par certaines scènes contemplatives :



Rêves ensuite brisés par le passage à l'acte avec la prise de possession de l'arme et ses conséquences fatales.


Au final, malgré quelques cassures dans le rythme et une caméra pas toujours facile à suivre, Bullet Ballet, avec des scènes parfois magnifiques et d'excellents acteurs, est un bel hommage du cinéma nippon des 90's aux films noirs.

* ou ont vu lost in translation, par exemple

** attention je ne nie pas la valeur du noir et blanc (que j'apprécie) ou le choix artistique